
7 septembre 2026 à 11:38 – 3 min
Vous est-il déjà arrivé de vous sentir immédiatement bien dans certaines pièces, et mal à l’aise dans d’autres ? Savez-vous pourquoi le cerveau nous envoie ces signaux ? Fiona Beenkens, architecte spécialisée en neuro-architecture et fondatrice de Better at Home, apporte des réponses surprenantes et concrètes à ces ressentis. Une discipline qui allie neurosciences et aménagement intérieur pour transformer nos espaces en véritables alliés du bien-être. Interview dans Tendances Première.
La neuro-architecture, c’est quoi exactement ?
Oubliez la tendance feng shui des années 2000. La neuro-architecture va plus loin : elle s’appuie sur les découvertes des neurosciences pour comprendre comment notre cerveau réagit à l’espace qui nous entoure. Couleurs, matériaux, disposition des meubles, hauteur des plafonds… tout envoie des signaux à notre cerveau, souvent à notre insu. Par exemple, si nous avons des problèmes de rapport avec la nourriture, même si la mode est à l’îlot central de cuisine, “le fait de voir sa cuisine depuis son canapé n’est jamais une bonne idée car cela stimule le cerveau, il vaudra mieux alors concevoir une cuisine fermée“, recommande Fiona Beenkens.
Une approche qui invite avant tout à l’introspection. Avant de repeindre ses murs ou de réorganiser son salon, cette architecte spécialisée en neuro-architecture invite à se poser une question simple : “Qu’est-ce que je vis en ce moment ? Un deuil, un burn-out, une période de renouveau ? L’espace peut alors devenir un véritable soutien ou au contraire, freiner sans qu’on s’en rende compte“.

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Que dit la neuro-architecture sur le travail en open space, ce concept qui a séduit tant d’architectes ?
“Je ne vais pas vous mentir, c’est une catastrophe“répond sans ambages la chercheuse.
La raison est simple : les stimuli peuvent survenir de tous les côtés, et le niveau de vigilance de l’inconscient est constamment sollicité. Le bruit, la sensation constante d’être observé et les difficultés de concentration sont des problèmes bien identifiés aujourd’hui. En clair, le cerveau devrait travailler davantage pour maintenir le même niveau de performance comme le démontre une étude espagnole récente.

Le petit lion au milieu de la savane
Pour comprendre ce que vit notre cerveau dans un open space, Fiona Beenkens utilise une image frappante :”Imaginez le petit lion en plein milieu de la savane avec tous les prédateurs autour“. Nos collègues ne sont évidemment pas des prédateurs – mais notre cerveau, lui, fonctionne sur ses instincts de survie primaires. Dans un espace ouvert où l’on peut être approché de toutes parts, il reste en état d’alerte permanent : qui arrive ? Par où ? Suis-je en sécurité ?
Résultat : même si l’on apprécie ses collègues, même si l’ambiance est bonne, le cerveau consomme une énergie considérable à surveiller l’environnement… au détriment de la concentration et de la productivité.
Le flex desk : quand perdre son bureau, c’est perdre sa place dans le groupe
Si l’open space fatigue le cerveau, le flex desk – ou bureau non attitré – touche à quelque chose de plus profond encore : le besoin de territoire. Fiona Beenkens établit un parallèle saisissant avec les enfants : “Quand le petit Léon décrit sa chambre, il répète un mot en boucle : ‘mon’. Mon lit, mon bureau, mes jeux… Le bureau, c’est pareil. C’est notre seul moyen d’avoir l’impression qu’on appartient à une entreprise, c’est d’avoir notre territoire. Et avec le flex desk on a enlevé cela“.
Ce besoin n’est pas un caprice. C’est ce qu’elle appelle un besoin cellulaire, aussi fondamental que manger ou dormir.Et les conséquences sont mesurables : désengagement, perte de motivation, turnover accéléré. “On s’étonne que dans les chiffres, il n’y a plus personne qui reste plus d’un an ou deux dans la même entreprise. Un besoin cellulaire est d’abord d’appartenir“, souligne l’architecte.
La bonne nouvelle ? Il existe des solutions et adaptations
Fiona Beenkens ne prône pas pour autant la suppression des open spaces. Elle appelle à les utiliser différemment, en s’appuyant sur ce que le cerveau nous dit réellement. Voici ses recommandations :
- Sécuriser la posture dans l’espace. Le premier geste, simple et immédiat : s’installer avec un mur dans le dos et une vue dégagée sur l’entrée. Il faut se sentir protégé. “Ce positionnement réduit l’état d’alerte du cerveau et libère de l’énergie cognitive pour le travail réel“
- Adapter le type de tâche au lieu. Les tâches collaboratives, les échanges, les brainstormings – voilà ce qui appartient à l’espace ouvert. La concentration profonde, la rédaction, l’analyse, cela se fait ailleurs : à domicile, dans une cabine fermée, dans une bulle individuelle
- Redonner un territoire, même symbolique. Un casier à soi, un objet personnel distinctif, même si on change de place, notre cerveau associera cet objet à notre territoire
- Former les travailleurs à comprendre leur environnement. La prise de conscience est déjà une solution, assure-t-elle : “Expliquer aux équipes pourquoi l’open space épuise, comment le cerveau réagit, quelles postures adopter – c’est donner aux travailleurs les outils pour mieux se protéger et mieux s’organiser“.
