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Autrefois considéré comme un signe de mauvaise santé de votre couple, faire chambre à part semble bien être aujourd’hui une nouvelle manière de mieux vivre à deux… Zoom sur cette nouvelle tendance dans la vie des couples

Par Ingrid Van Langhendonck, Publié le 21 avril 2025 05:00
Autres mœurs
Autrefois, faire chambre à part était une chose honteuse, un oiseau de mauvais augure, perçu comme annonciateur d’une perte d’intimité ou d’une rupture dans l’affection. Un couple qui fait chambre à part allait forcément finir par divorcer. La pratique était toutefois relativement acceptable chez les couples âgés, qui n’avaient plus grand-chose à prouver et qui, par souci de confort choisissaient de chacun dormir de son côté.
Or il est vrai qu’en dormant chacun dans une chambre séparée, on réduit de manière drastique les contacts physiques et l’intimité dans un couple. Mais c’est là qu’est la question : la chambre à coucher est-elle la seule pièce où l’intimité opère ? À bien y réfléchir, on sait bien que ce ne sont pas forcément les couples qui passent toutes les nuits ensemble qui ont la sexualité la plus épanouie, et l’intimité la plus sincère…
On le sait, le couple a profondément changé. Les relations entre les hommes et les femmes ne sont plus les mêmes qu’il y a 50 ans et les codes qui régissent nos vies en commun ont explosées : que ce soit dans la répartition des charges du ménage, de l’organisation du budget, de l’éducation et de la prise en charge des enfants…
Dès lors, il n’est pas franchement étonnant que cela s’étende à tous les rituels de fonctionnement du couple. Et si l’on comprend que la plupart des parents trouve optimal que chaque enfant dispose de sa propre chambre pour avoir un sommeil apaisé, dès qu’il s’agit du couple et des adultes cela devient une sorte de tabou.
Le lit conjugal est un espace sacré. Un paradoxe, dans une société ou, désormais, les deux membres du couple travaillent et sont soumis aux mêmes horaires, aux mêmes stress, aux mêmes risques d’insomnie… Pourquoi devraient-ils sacrifier la qualité de leur sommeil au nom des convenances ? Ainsi, quand on sait que les troubles générés par les ronflements, le bruxisme ou les mouvements des partenaires génèrent des tensions dans le couple dans plus de 44 % des cas, cette pratique rencontre un succès grandissant, y compris chez nos voisins Anglo-saxons ou chez des célébrités comme Gwyneth Paltrow. Au Royaume-Uni, la proportion des couples faisant chambre à part a même doublé en dix ans, passant de 7 à 15 %, selon une étude relayée par le Telegraph en juin dernier.
Dans son ouvrage « Un lit pour deux », le sociologue Jean-Claude Kauffmann avance même qu’adopter une chambre à part peut sauver un couple. Une fois évacuée l’idée que le lit est perçu comme le sacro-saint espace du couple, le système peut s’avérer bénéfique, tant que le couple veille à ne pas démissionner de son rôle de conjoint et repense les moments d’intimité. « Même si avant d’en arriver au stade de la chambre séparée, il y a tout un arsenal d’étapes. Ça va des bouchons d’oreilles à un lit plus grand ou encore de faire couette à part, chacun enroulé dans son cocon. »
Fini le romantisme ?
On assiste à une forme de rationalisation du couple. Toutes les considérations romantiques, tous ces petits gestes que l’on s’est longtemps imposés pour démontrer son amour sont aujourd’hui devenus désuets, le féminisme est passé par là et notre santé mentale semble prendre le pas sur ces petits rituels autrefois considérés comme des indicateurs de la bonne santé de notre couple.
C’est ce que nous raconte une patiente d’un sexologue bruxellois : « Nous avons pris l’habitude de dormir chacun de notre côté. Cela s’est installé insidieusement. Mais au final, dois-je vraiment culpabiliser pour cela ? Il dort mieux, je dors mieux, et évidemment nous retrouvons toute notre intimité durant les week-ends les vacances, les séjours à l’étranger, ou à n’importe quel moment si l’envie nous en prend… Il a juste fallu veiller à aménager quelque peu notre intimité pour ne pas perdre de vue complètement le contact charnel, que je continue de voir comme une forme de communication non verbale et qui est importante dans notre couple… Mais au final je n’ai pas l’impression que nous sommes un couple en moins bonne santé que les couples d’amis qui nous entourent… »

Goedele Liekens, célèbre sexologue flamande et son ‘Goedele’ magazine – BELGA
Et c’est assez vrai, la célèbre sexologue flamande Goedele Liekens, une ancienne Miss Belgique devenue animatrice de sa propre émission sur le sexe et autrice de nombreux bestsellers sur le sujet nous explique : « Cette pratique est plus courante qu’on l’imagine. On parle presque d’une couple sur quatre dans notre pays. Mais les couples n’en parlent pas, car c’est un sujet tabou ».
Celle qui a vu passer pas mal de couples au fil de sa carrière de sexologue relativise. « Certains magazines ont appelé cette tendance le “sleep divorce” (traduisez : le divorce du sommeil), mais pour moi, il n’en est rien. Pour ces nombreux couples, dormir seul permet précisément de réduire les contrariétés et les tensions qui peuvent émerger entre les partenaires. Ils se réveillent reposés, sans que l’autre ait perturbé leur rythme de sommeil. C’est aussi la solution idéale pour les couples qui ne sont pas « techniquement » compatibles quand on parle de sommeil (type de literie, température de la chambre, épaisseur de la couette, bruit, obscurité …). Faire lit à part peut même réconcilier deux conjoints, car un sommeil de qualité a un impact bénéfique sur l’humeur. Se blottir l’un contre l’autre le soir, se faire des câlins, discuter, regarder un film sont autant de moments intimes tout aussi valables. Après tout, l’intimité et l’érotisme ne nécessitent pas forcément de passer toute la nuit ensemble ».
Source: https://sosoir.lesoir.be/670317/article/2025-04-21/faire-chambre-part-le-phenomene-qui-apaise-les-couples
