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“Club Noon, le concept belge qui invente la fête sans excès et sans lendemain douloureux
Oubliez les nuits blanches. La rave s’invite désormais au grand jour. Les beats commencent à vibrer dès 16h, la foule se réveille, mais la gueule de bois du lendemain reste à la porte. C’est l’esprit derrière Club Noon, le dernier concept de « clubbing conscient » imaginé par la DJ de longue date Angke Wullus.

Par Camille Vernin,
Publié le 23 août 2025 04:00
« Je suis DJ depuis 13 ans, j’ai toujours adoré faire la fête », raconte Angke. « Mais il y a quelques années, j’ai traversé une période d’anxiété et de dépression. J’ai dû me concentrer sur ma santé, ce qui rendait difficile le fait de sortir la nuit. Les environnements où l’on peut profiter de la musique sont souvent pernicieux : privation de sommeil, alcool, drogues, la difficulté de dire non face à ses potes qui sont, eux, dans un autre état. Beaucoup de gens de ma génération ressentent la même chose. On a la trentaine : certains deviennent parents, d’autres veulent avancer dans leur carrière ou préserver leur santé. Ils n’ont plus envie de passer de nuits blanches, mais veulent encore faire la fête et profiter de la musique sans sacrifier leur dimanche. C’est comme ça qu’est née l’idée de Club Noon. »
Extinction des feux à minuit
Concrètement, Club Noon, c’est une fête exactement comme une soirée classique, sauf qu’elle a lieu de 16 h à minuit, le week-end. Le décor est celui d’un club, avec un son de qualité, des DJs et une piste pleine à craquer. Mais ici, pas d’alcool, et une politique stricte vis-à-vis des drogues. « Nous voulons créer un environnement où les gens qui veulent arrêter, ou simplement consommer moins, se sentent en sécurité. Un espace où tout tourne autour de la musique, de la danse et de la connexion entre les gens. » Elle admet qu’il est impossible de tout contrôler, mais croit à la force de l’ambiance. « Quand les gens m’interrogent là-dessus, je leur dis : vous ne vous promenez pas habillés sur une plage nudiste. Alors ne sortez pas vos drogues dans mon club. C’est la même logique (rire). »
À Barcelone, où la première édition se tiendra dans un studio immersif, le concept est clair : zéro alcool. « Le public n’en veut pas, je sais que si on en proposait ce serait une mauvaise idée. » En Belgique, pour la première tentative à Gand, une bière et un verre de vin ont été tolérés, le temps d’habituer le public. « Mais l’objectif est de tout retirer ensuite, parce que je suis convaincue qu’on peut créer la bonne atmosphère pour que les gens se sentent totalement à l’aise sans rien. » Les deux premières soirées confirmées auront lieu en octobre à Barcelone et au mois de novembre au Funke à Gand. « C’est important pour moi que la qualité du son soit parfaite. En tant que DJ, c’est ce qui compte le plus. » Bruxelles pourrait suivre, même si convaincre des clubs d’abandonner leur logique de bar n’est pas simple.
Un mouvement global
Le phénomène du clubbing conscient s’inscrit en réalité dans un mouvement bien plus vaste qui gagne les grandes villes. À Londres, dès 2013, Morning Gloryville proposait déjà des raves matinales sobres, où l’on enchaînait yoga, massages et électro au saut du lit. À New York, des lieux comme Public Records ou Nowadays misent sur des boissons sans alcool, des jus tonifiants et une ambiance végétale et lumineuse pour replacer la fête dans une logique de bien-être. À Manchester, le club Amber’s est allé jusqu’à bannir les téléphones pour forcer les clubbers à être vraiment présents.
La Belgique joue le jeu, entre croissants et playlists
En Belgique aussi, des signaux apparaissent. Bruxelles a connu l’expérience Bakery Rave, imaginée par Oatly, qui transformait des boulangeries en dancefloors matinaux, entre DJ sets et croissants, dans une ambiance joyeuse et légère. Des « Post Running High » sont en train de voir le jour avec l’essor des clubs de running : un mix entre session sportive, brunch healthy et rave diurne. Pour l’instant, Club Noon n’a pas encore posé ses valises à Bruxelles, mais la scène locale bruisse déjà de cette envie de réinventer la fête. Le Fuse, le C12 ou le Hangar incarnent encore la nuit brute telle qu’on la connaît, mais une génération en quête de nouvelles expériences attend une alternative.
Pourquoi faire la fête en pleine conscience ?
Pour Angke, tout est une question de sincérité retrouvée. « Quand tu enlèves les filtres – les pilules et l’alcool – tu redeviens toi-même. C’est ça la présence. J’aime que les gens soient vraiment là, qu’ils soient eux-mêmes, qu’ils soient vrais. Je ne veux pas qu’ils aient besoin de quelque chose pour se sentir mieux ou pour être plus sympas. » Dans sa bouche, l’idée sonne comme une évidence.
Alors que la nuit classique se vit encore souvent comme une fuite, bien souvent saturée d’alcool, ce nouveau clubbing propose une autre promesse : celle d’un lâcher-prise sans filtre et sans lendemain douloureux. « Si quelqu’un n’y croit pas, je lui dis de ne pas venir. C’est une fête pour celles et ceux qui en ont besoin. Les autres trouveront toujours leur bonheur ailleurs. » Dans la bouche d’Angke, ce n’est pas une croisade, mais une alternative. Une façon de danser plus fort, plus libre… plus vrai ?
Source: https://sosoir.lesoir.be/694715/article/2025-08-23/club-noon-le-concept-belge-qui-invente-la-fete-sans-exces-et-sans-lendemain
