
Comment réinventer la frite ? Comment, au pays des « french fries » – n’en déplaise à nos voisins – tirer son épingle quand les fritkots traditionnels se raréfient et que les fast-foods impersonnels se multiplient ? Voici deux réponses, en deux établissements détonants et bien de chez nous.
“La Belgique reste la reine de la frite : deux adresses qui le prouvent

ParAnissa Hezzaz et Charlotte Vanbever,
Publié le 3 octobre 2025 10:41
Le week-end dernier se tenait à Arras la troisième édition du Championnat du monde de la Frite. Belges, Hollandais, Français, Algériens s’y sont disputé le titre de « spécialiste » de ce mets qui fait toute l’essence de notre pays. Si le Néerlandais Siem Burggen a été sacré champion de la « Frite traditionnelle », une adresse liégeoise familiale (à Jupille), la Friterie des Tuileries, a tiré son épingle du jeu dans la catégorie « Frite du monde ». De quoi prouver que, chez nous, on s’y connaît toujours autant en matière de patates et de graisse. Mieux : que la Belgique sait s’appuyer sur son savoir-faire pour mieux réinventer son plat fétiche. Bref, de quoi nous donner la frite ! Comme le prouvent les deux adresses ci-dessous qui brillent par leur originalité.
Jimbo, la jeunesse à l’ancienne
À quand remonte la dernière fois que vous avez vu des frites fraîchement coupées à la main avant d’être plongées dans la graisse de bœuf ? À un séjour chez votre (arrière-)grand-mère peut-être, rarement dans un fast-food. Thibaut et Thomas sont pourtant de cette génération-là, habituée à ces établissements (pas pour autant tous sans saveur) où le « fait maison » n’avait pas sa place en cuisine. Les deux potes, qui se donnent réciproquement comme surnom « Jimbo », sont un brin nostalgiques de ce savoir-faire. Ils ont décidé de l’adapter à un art bien de chez nous, transformant la restauration rapide, déclinée autour de la frite, en un repas gourmet et à des prix plus qu’abordables.
Après s’être fait connaître avec une première adresse à Linkebeek, Thibaut et Thomas ont ouvert un nouvel établissement à Uccle. La bonne réputation de leurs frites coupées à la main les précède désormais, et les excellents retours font le reste. Sauces maison (mayo, moutarde à l’abricot et, la meilleure à notre sens, la piquante), burgers originaux et sandwiches au porc comme on n’en goûte qu’aux États-Unis, trouvent forcément leur public (de connaisseurs ou pas), tandis que les végétariens se jetteront sur le maïs grillé ou les pimientos del padron en accompagnement. Mais ce qui surprendra le palais – car oui, c’est possible en termes de fast-(good)food –, outre le paquet de frites, ce sont les chicken tenders, aussi frais que croustillants. Ils sont rares ces moments où, même repu après un repas caloriquement chargé (avouons-le), on en redemande !
Fries and Go, le distributeur de frites

Fries and Go à Liège et bientôt à Zaventem
Adieu les files qui serpentent sous la pluie devant le fritkot, adieu le « avec ou sans mayo ? ». À Liège, la frite se commande en silence et se sert toute seule. Bienvenue dans le futur de la frite belge : le distributeur automatique. L’un des premiers distributeurs de l’entreprise belge Fries & Go vient d’être installé à l’entrée d’un supermarché liégeois, un autre est déjà prévu pour l’aéroport de Bruxelles-National à Zaventem. Oui, vous avez bien lu : il sera désormais possible de s’offrir un cornet bien chaud avant d’embarquer pour Barcelone ou en revenant de New York à 6 h du mat’!
L’expérience se veut simple : on glisse sa carte, on choisit son format, et la machine se met à frémir. Les frites, précuites et conservées dans des conditions optimales, sont plongées dans l’huile sur commande. En quelques minutes, on récupère un cornet fumant, mini-fourchette et serviette inclus. Seul bémol : pas de mayonnaise, ni andalouse, ni samouraï. Les concepteurs ont choisi de ne proposer que du ketchup pour le moment pour éviter la présence d’allergènes. Autant dire qu’il faudra attendre avant de retrouver la vraie expérience « frite-belge-mayo » à toute heure. Les premiers avis sont enthousiastes : frites dorées, croquantes dehors, moelleuses dedans. De quoi faire taire, au moins pour un temps, les puristes qui jurent que seule la main humaine peut donner à la frite son âme. Bien sûr, rien ne remplacera l’ambiance du fritkot du coin, les discussions sur le temps de cuisson et la voix du patron qui vous appelle par votre prénom. Mais il faut bien l’avouer : pouvoir s’offrir un cornet croustillant en sortant de boîte ou avant un vol, sans attendre ni braver la pluie, c’est une petite révolution.
Source: https://sosoir.lesoir.be/702689/article/2025-10-03/la-belgique-reste-la-reine-de-la-frite-deux-adresses-qui-le-prouvent
