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Dérivé du pétrole dans les assiettes en Belgique: l’hexane, un solvant utilisé dans l’alimentation, au cœur d’un débat sanitaire

Posted on 28/01/202628/01/2026 by vacama

© Greenpeace France

“Dérivé du pétrole dans nos assiettes : l’hexane, un solvant utilisé dans l’alimentation, au cœur d’un débat sanitaire en cours en Europe

28 janvier 2026 • Temps de lecture5 min

Dérivé du pétrole, l’hexane est utilisé comme solvant pour extraire les huiles végétales et peut laisser des traces dans certains aliments du quotidien. Entre alertes d’ONG, assurances de la filière et réévaluation en cours en Europe, voici ce qu’il faut savoir pour comprendre les enjeux sans céder ni au déni, ni à l’alarmisme.

Info

Olivier Arendt

Par Olivier Arendt

© Getty Images / Dérivé du pétrole, l’hexane est utilisé comme solvant pour extraire les huiles végétales et peut laisser des traces dans certains aliments du quotidien.

L’hexane est un hydrocarbure issu de la pétrochimie, utilisé comme solvant dans de nombreuses applications industrielles, notamment pour extraire l’huile de graines comme le colza, le soja ou le tournesol.

Dans l’agroalimentaire, il permet d’augmenter fortement le rendement d’extraction par rapport à une simple pression mécanique, ce qui en fait un outil clef de l’industrie des huiles et des tourteaux pour l’alimentation animale. Après extraction et raffinage, des résidus peuvent subsister dans les huiles végétales finies, dans les tourteaux donnés aux animaux, puis, par ricochet, dans certains produits animaux (lait, beurre, viande de poulet, laits infantiles). 

L’hexane est considéré par le droit européen comme un “auxiliaire technologique“, ce qui signifie qu’il n’apparaît pas sur les listes d’ingrédients, même si des traces peuvent rester dans le produit final.

Ce que montrent les tests de Greenpeace

Greenpeace France a fait tester 56 produits courants : huiles de tournesol ou de colza, beurres, laits (y compris infantiles), viande de poulet et tourteaux destinés à l’alimentation animale.

Selon l’ONG, 36 de ces 56 produits contenaient des résidus d’hexane, soit environ deux tiers de l’échantillon, avec des concentrations pouvant atteindre plusieurs dizaines de microgrammes par kilo dans certains cas. Parmi les marques citées figurent notamment des huiles de la marque Lesieur ou de marques de distributeurs d’enseignes françaises, plusieurs beurres de grandes marques, des laits UHT (stérilisé à Ultra Haute Température), des laits infantiles et des cuisses de poulet.

L’enquête met également en cause la présence d’hexane dans des tourteaux utilisés pour nourrir les animaux d’élevage, considérés comme une voie indirecte de contamination des produits d’origine animale. Les tourteaux sont les résidus solides qui restent après l’extraction de l’huile des graines ou fruits oléagineux (soja, colza, tournesol, etc.). Ces tourteaux, très riches en protéines, sont massivement utilisés comme aliment pour le bétail (bovins, porcs, volailles) et jouent un rôle central dans l’alimentation animale en Europe.

En mai 2025, selon des analyses que la cellule investigation de Radio France s’est procurées et a rendu public, ses résidus contaminent bien plus d’aliments que ce que les autorités sanitaires ont envisagé.

Sur le plan toxicologique, l’hexane est reconnu comme neurotoxique, suspecté d’être toxique pour la reproduction et possible perturbateur endocrinien © Getty Images – Ruby Rays

Danger ou risque : que disent les autorités sanitaires ?

Sur le plan toxicologique, l’hexane est reconnu comme neurotoxique, suspecté d’être toxique pour la reproduction humaine et possible perturbateur endocrinien ; il est classé substance CMR (cancérogène, mutagène, reprotoxique) par l’Agence européenne des produits chimiques. Après un rapport de réunion de décembre dernier, on peut lire que “L’ECHA (Agence européenne des produits chimiques) ajoutera l’hexane à la liste candidate des substances extrêmement préoccupantes en février 2026“.

Les agences sanitaires rappellent toutefois qu’il faut distinguer les dangers intrinsèques d’une substance et le risque, qui dépend des niveaux d’exposition réels, de leur fréquence et de la durée.

En Europe, l’utilisation de l’hexane comme solvant d’extraction dans l’alimentaire est autorisée, avec des limites maximales de résidus dans certains produits, notamment 1 mg/kg pour les huiles végétales selon la directive 2009/32/CE.

Les résidus détectés dans l’enquête de Greenpeace restent, d’après la filière, nettement en dessous de ces seuils réglementaires, ce qui conduit les industriels à affirmer qu’”il n’y a aucune alerte sanitaire concernant l’hexane“.

Plusieurs acteurs, dont Greenpeace, estiment que la réglementation repose sur des données toxicologiques anciennes © Getty

Une réglementation jugée obsolète et en cours de réévaluation

Plusieurs acteurs, dont Greenpeace, estiment que la réglementation repose sur des données toxicologiques anciennes, fournies en grande partie par l’industrie et peu adaptées aux connaissances actuelles sur la toxicité chronique et les faibles doses.

L’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a publié en septembre 2024 un rapport technique concluant à la nécessité de réévaluer la sécurité de l’hexane comme solvant d’extraction dans la production d’aliments et d’ingrédients. Cette réévaluation doit notamment s’intéresser aux expositions cumulées (plusieurs aliments contenant de faibles résidus) et aux populations sensibles, comme les enfants ou les femmes enceintes.

Autre limite pointée par l’autorité européenne : la directive décrit l’”hexane technique” de manière très générale, comme un mélange d’hydrocarbures à six atomes de carbone qui bout entre 64 °C et 70 °C, sans préciser finement quels composés il contient ni en quelles proportions, si ce n’est que le “n‑hexane” en est le principal constituant. Or ce flou laisse la place à des impuretés susceptibles, selon leurs propriétés et les procédés utilisés, de se retrouver dans les denrées extraites. Sur la base des limites réglementaires de résidus, l’autorité européenne estime aussi que l’exposition des nourrissons, tout‑petits et enfants pourrait être plus élevée que ce que la précédente évaluation de 1996 laissait penser.

Si elle ne relève pas de signal particulier de génotoxicité, l’EFSA juge en revanche que la grande étude de 90 jours menée chez le rat, qui fondait largement l’avis de l’époque, n’est plus suffisante aujourd’hui pour conclure à elle seule à la sécurité d’emploi de l’hexane technique.

En parallèle, des parlementaires et ONG appellent à combler un angle mort de la directive européenne : l’absence de limites spécifiques et de suivi pour des produits d’origine animale issus d’animaux nourris avec des tourteaux contaminés.

Que faire comme consommateur et quelles alternatives ?

À ce stade, les autorités n’ont pas déclaré d’alerte sanitaire mais ont enclenché une réévaluation scientifique, tandis que les ONG demandent d’aller plus loin, avec interdiction progressive de l’hexane dans la chaîne alimentaire et étiquetage des auxiliaires technologiques.

Les filières de l’agriculture biologique, où les solvants chimiques d’extraction comme l’hexane sont interdits, sont régulièrement citées comme une alternative, puisque les huiles bio doivent être obtenues par des procédés mécaniques ou physiques.

Pour les consommateurs qui souhaitent réduire leur exposition potentielle, les pistes évoquées par les ONG et certains acteurs du secteur sont : privilégier les huiles pressées mécaniquement (souvent signalées comme “pression à froid“), diversifier les sources de matières grasses et, le cas échéant, se tourner vers des produits bio.

Au‑delà des comportements individuels, le débat porte aussi sur l’équilibre entre rendement industriel, transparence de l’étiquetage et niveau de protection jugé acceptable par la société pour des substances comme l’hexane.

Source: https://www.rtbf.be/article/derive-du-petrole-dans-nos-assiettes-l-hexane-un-solvant-utilise-dans-l-alimentation-au-c-ur-d-un-debat-sanitaire-en-cours-en-europe-11669278

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