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“I-Police, un fiasco financier de 76 millions d’euros : “Un manque de leadership et de compétences du côté de la police fédérale”
28 janvier 2026 • 2 min
Le projet I-Police, un énorme chantier de numérisation, devait faire entrer la police dans une nouvelle ère. Mais il s’est soldé par un échec, et surtout une gabegie financière. 76 millions d’euros d’argent public ont été engloutis, sans résultats substantiels depuis des années. Avec ses collègues Candice Bussoli et Arthur Sente, Louis Colard a enquêté sur cette affaire dans le journal Le Soir. Il était l’invité du Monde en direct.
Par Julien Beauvois – La Première
5 minutes pour comprendre
Au lancement du projet, la police fédérale promettait de “révolutionner la numérisation de la police intégrée“, se rappelle le chef du pôle enquête du Soir. “Très concrètement, connecter différentes banques de données, donner accès à ces données à des partenaires externes, ou travailler sur le terrain avec certains outils numériques“. Trois ans plus tard, et 76 millions d’euros déjà dépensés sur les 300 millions annoncés initialement, le ministre de l’Intérieur Bernard Quintin “a sifflé la fin de la récré” au lendemain de Noël 2025.
Pour cause ? Le Soir révélait quelques semaines plus tard, dans une enquête appuyée par des documents confidentiels de la police fédérale, “un fiasco et une gabegie, plus d’une centaine de consultants ont travaillé sur ce projet au moins depuis 2021, et sans résultat tangible ou presque“, explique Louis Colard, l’un des auteurs de cette série de révélations.
Un contrat juteux, sans évaluation de l’avancement du projet I-Police
Au départ du projet, c’est la multinationale française spécialisée dans la consultance informatique Sopra-Steria qui a remporté la gestion à l’issue d’un marché public. “L’antenne belge de l’entreprise a pignon sur rue, elle est d’ailleurs engagée dans d’autres contrats avec l’administration publique belge“, précise le journaliste. Ce marché public est plutôt avantageux pour celui qui l’emporte : “Quel que soit l’avancement du projet, la facture tombait mensuellement, régulièrement, sans évaluation de la progression des différentes missions financières qui étaient allouées aux prestataires externes“.
Pendant des années, la Belgique a signé les chèques à l’aveugle, pour un projet qui n’a jamais vraiment avancé. “Ce qui choque dans cette affaire, c’est le montant ; 76 millions d’euros, c’est l’hypothèse basse, ce qui a été payé à Sopra-Steria, mais il reste des factures à payer pour le projet global“.
Une enquête judiciaire ouverte pour déterminer d’une intention frauduleuse
Le 27 janvier, le parquet de Bruxelles a ouvert une information judiciaire pour enquêter sur de potentiels détournements de fonds publics et “prises d’intérêt“, de la part de la société comme des fonctionnaires responsables du projet I-Police. La Chambre des représentants s’est également emparée du dossier, et mène des auditions depuis quinze jours des responsables politiques, administratifs, et de la police.
Toujours est-il que le manque de pilotage de ce projet de numérisation n’est plus à démontrer, selon Louis Colard, et les dossiers qu’il a pu consulter : “Il n’y a pas besoin d’enquête judiciaire pour établir qu’il y a des fautes imputables à l’organisation de Sopra-Steria, qui n’étaient pas forcément bien informés des missions prioritaires. Et du côté de la police fédérale, il y a clairement eu un manque de leadership, de compétences, pour mener un projet de cette envergure“.
Source: https://www.rtbf.be/article/i-police-un-fiasco-financier-de-76-millions-d-euros-un-manque-de-leadership-et-competences-du-cote-de-la-police-federale-11669282
