
“Arno Declercq, le designer belge adepte des bois noirs
Les créations du designer anversois Arno Declercq nous plongent dans un univers de formes brutalistes, à l’identité forte, qui subliment la matière.

Par Agnès Zamboni, Courtesy of Arno Declercq, Publié le 5 avril 2026 04:00
Formes déstructurées et déconstruites, teintes sourdes, denses et profondes, textures innovantes, ses créations réinterprètent les principes architecturaux, la beauté brute et sauvage du béton et de l’acier. Arno Declercq a grandi entre un père collectionneur d’art primitif et tribal qui l’entraînait dans les musées, les galeries, les voyages en Afrique, et une mère, responsable d’une boutique de mode, présentant les créations de Rick Owens, d’Ann Demeulemeester ou de Maison Martin Margiela.
Après des études de design d’intérieur interrompues, Arno continue de voyager, notamment au Brésil. À son retour, en 2016, il ouvre sa propre galerie, spécialisée dans l’art et le design ethnographique, pendant un an, puis se lance dans la création de meubles, tout d’abord pour son propre usage. Ses premiers prototypes sont repérés sur Instagram par la galerie Garde de Los Angeles.
En 2018, il s’installe aux Zaventem Ateliers, où il occupe aujourd’hui trois espaces, dédiés à la fabrication et à la conception. L’année suivante, il présente ses créations à la Milan Design Week, puis participe à la BRAFA en partenariat avec Delen, aux côtés de Didier Claes, un spécialiste de l’art africain classique. Fin 2024, après avoir participé à la Thema Fair de Paris, il ouvre un show-room de 700 m², au cœur d’Anvers. En avril 2025, lors de la design week de Milan, il a investi un espace de 300 m² sur le Corso Como. «Avec mon équipe de huit personnes, je travaille en famille. Mon père dessine avec moi. Ma mère s’occupe de la communication, de l’administration… L’une de mes sœurs est responsable des finitions».
L’iroko en majesté
Ses créations se distinguent par un travail méticuleux du bois contrastant avec des formes sculpturales voire monumentales. En iroko, chêne, noyer africain et américain, la surface des pièces est brûlée au chalumeau, en référence à la tradition japonaise du brûlage du bois (yakisugi ou shou sugi ban). Elle est ainsi adoucie avant d’être brossée manuellement. Les teintes sombres sont obtenues avec une cire teintée ou une huile noire (trois couches sur l’iroko, une seule sur le noyer américain) qui fait ressortir les veines du bois. En fonction de l’essence, le résultat est différent.

Dans le show-room d’Anvers, un ancien garage, table de repas, collection 052022, en acier patiné et brut associé à du marbre noir traité à l’acide. Photo : © Courtesy of Arno Declercq – D.R.
La palette monochromatique décline les noirs et les bruns. Couleur encre, goudron ou charbon, les créations d’Arno expriment divers états de surface du noir, révélant dans les veines du bois, des harmonies rudes, des lumières et reflets secrets. À travers les reliefs et entailles du bois, se dessinent des jeux de couleurs subtilement nuancés, des effets changeants et vibrants qui se transforment en fonction de l’angle de vue. «Le noyer offre des veines bien visibles. Les bois exotiques ont des veines plus fines. La pièce se révèle alors dans sa silhouette et ses petits détails, les fentes du bois, son caractère vivant et unique».
Sa première collection Zoumey (»forêt» en béninois), une ligne de meubles évoquant les formes organiques et mystérieuses des arbres du Bénin ou du Togo, est réalisée en iroko,dont le grain fin et la dureté sont valorisés. Ce «roi de la forêt» rattache Arno Declercq à la magie de la culture vaudou et à la spiritualité liée à la nature. Parmi les pièces marquantes, le buffet Igbo associe l’iroko à l’acier découpé et soudé. Il est inspiré par les sites forestiers et les lieux de coupe du bois. Pour ce modèle, Arno s’est inspiré des tas de bois empilés dans les forêts. Le piètement de la table Zoumey se compose, lui, d’une forêt de 25 pieds en iroko. La nouvelle ligne, Umbo, propose une nouvelle interprétation de la courbe. Sa collection permanente d’objets, plus accessible, présente quant à elle des coupes à l’intérieur nappé de bronze, selon la technique ancienne du coulage du bronze au sable. Le polissage manuel laisse transparaître les veines du bois.
Une beauté singulière
Ses inspirations naviguent dans les arts primitifs et notamment l’art égyptien, dans le minimalisme de Donald Judd, l’élégance du brutalisme. «Je m’intéresse beaucoup aux détails. Mon luxe, c’est de faire des formes que l’on peut utiliser comme on veut. Je travaille à l’instinct et à l’intuitif, en référence à la philosophie wabi-sabi. Dans les plans que je réalise, les proportions sont très importantes, deux centimètres changent tout !»

Fauteuil, collection 052022, en acier brut et patiné et lin belge et buffet Zoumey. Table basse, collection 052022, en acier brut et patiné associé à du marbre noir non traité. Photo : © Courtesy Arno of Declercq
Le secret d’une belle d’une table selon lui ? Le volume du pied par rapport à son plateau. Les créations d’Arno Declerq sont fabriquées artisanalement, en minimisant les chutes, et cherchent à donner du sens à la matière. Outre sa collection permanente, et trois éditions supplémentaires, Arno réalise des pièces, sur-mesure, qui déclinent ses créations dans d’autres dimensions pour s’adapter à tous les espaces. Sa production est garantie 100 % belge, avec un chiffre d’affaires qui a doublé pendant la pandémie. Arno doit son succès à son identité singulière mais aussi à sa capacité d’adaptation à ses clients, à ses qualités de businessman et à sa grande force de travail, bien qu’il précise qu’il «a démarré au bon moment».
Source: https://sosoir.lesoir.be/739023/article/2026-04-05/arno-declercq-le-designer-belge-adepte-des-bois-noirs
