“Budget 2027 : la France et la Belgique sous la loupe des marchés et de la Commission
Les deux pays sont parmi les plus contraints d’Europe par leur déficit structurel et le poids de leur dette. Les pays qui ont assaini leurs comptes publics dans les années favorables ont plus de marges. Article réservé aux abonnés

Par Karl De Meyer Publié le 29/09/2026 à 20:13 Temps de lecture: 2 min
Le gouvernement Lecornu va présenter ce jeudi un projet de loi de finances pour 2027 qui implique, à nouveau, un déficit public massif : 5 % du PIB. Le texte annonce certes un effort très notable de 54 milliards d’euros. « Sur le papier, cela semble bien, cela rentre dans le cadre de la trajectoire budgétaire sur sept ans prévue avec la France », indique un haut gradé de la Commission européenne. « La question est de savoir s’il sera adopté et, s’il l’est, s’il sera mis en œuvre. » De fait, les débats à l’Assemblée s’annoncent houleux et personne ne peut dire ce que le gouvernement issu des urnes au printemps prochain décidera.
L’Arizona, elle, se cherche encore un accord pour l’an prochain. Bart De Wever, qui doit assumer pour 2026 un déficit de l’ordre de 5,2 % du PIB, veut réaliser au fédéral un nouvel effort de 10 milliards d’euros d’économies d’ici 2029 pour répondre aux critères européens, dans un contexte de croissance molle (nulle au deuxième trimestre).
“Dans la zone euro, la France et la Belgique sont les deux pays à problèmes en matière de finances publiques”
Eric Dor, Directeur des études économiques à l’Ieseg
Alors que tous les gouvernements de l’UE s’apprêtent à transmettre leur équation financière pour l’an prochain à leur Parlement, un constat s’impose : « Dans la zone euro, la France et la Belgique sont les deux pays à problèmes en matière de finances publiques », analyse Eric Dor, directeur des études économiques à l’Ieseg.
« Elles ont toutes les deux été incapables de restaurer leurs comptes publics au cours des bonnes années », ajoute-t-il, au moment où l’économie mondiale est secouée de nombreux chocs, avec des taux d’intérêt orientés à la hausse. Or France et Belgique croulent aujourd’hui sous le fardeau du service de la dette accumulée (les intérêts à payer) : respectivement 2,5 % et 1,9 % du PIB en 2026.

Comme l’offre de dette a fortement augmenté au niveau mondial, les investisseurs demandent à ces deux pays des intérêts de plus en plus élevés pour acheter leur dette. « Les marchés sont plus indulgents avec la Belgique car elle a une réputation de pragmatisme et de capacité à dégager des compromis », précise Eric Dor.
Pas de salut du côté d’un nouvel emprunt commun européen
Ailleurs en Europe, d’autres pays affichent certes des déficits encore plus élevés, comme la Roumanie ou la Pologne. Le gouvernement Tusk prévoit ainsi, pour 2027, une brèche de 7,1 % du PIB dans ses comptes. Mais la situation est très différente : Varsovie, capitale très vigilante quant à la menace russe, consacre 4,5 % de sa richesse nationale à la défense. Donald Tusk ne se prive pas d’expliquer à ses partenaires européens qu’il ne protège pas uniquement son territoire, mais aussi l’UE dans son ensemble.
Depuis 2025, une « clause dérogatoire » européenne permet en outre un traitement préférentiel des dépenses militaires par la Commission. La Pologne affiche par ailleurs des indicateurs macroéconomiques solides : dette limitée à 60 % du PIB, croissance d’environ 3 % l’an prochain.
L’Allemagne aussi va voir son déficit s’envoler, de 2,7 % du PIB en 2025 à 4,3 % prévus en 2027. Pour réarmer la Bundeswehr, Berlin va porter les dépenses militaires de 2,8 % du PIB en 2026 à 3,5 % en 2029. La grande coalition au pouvoir veut aussi réinvestir dans des infrastructures, il est vrai, vieillissantes. Mais l’Allemagne peut se le permettre car elle a su, par beau temps, réduire son endettement (66 % du PIB).
L’Italie, qui pourrait paraître en grande difficulté du fait de sa dette colossale (130 % du PIB), est pourtant dans une meilleure position que la France et la Belgique. Grâce à l’assainissement structurel mené ces dernières années, elle affiche désormais un solde budgétaire primaire (avant intérêts de la dette) positif – de plus d’1 % du PIB.
Comme la croissance, soutenue par le grand plan de relance post-covid européen, est plus forte que prévu cette année, Giorgia Meloni dispose de marges pour 2027. Suffisantes pour quelques cadeaux fiscaux, à un an des législatives.
Parmi les « grands » pays de l’UE, mention spéciale pour l’Espagne, où Pedro Sanchez dirige un gouvernement minoritaire face à un Parlement clivé, qui n’a plus adopté de nouveau budget depuis 2023. Le pays fonctionne sur la base de reconductions successives. Sans que cela nuise aux fondamentaux : la dette, encore à 126 % du PIB en 2021, vient de redescendre en dessous de 100 %. Avec une croissance soutenue de 2,6 % cette année, le déficit devrait être contenu à 2,1 %.
La France et la Belgique paraissent donc bien comme les plus contraintes. Elles ne doivent pas espérer de salut du côté d’un nouvel emprunt commun européen. Les « frugaux » ne veulent pas en entendre parler.
