
28 juil. 2026 à 06:00 5 min
Selon la base de données de l’EuroMOMO, le réseau européen d’harmonisation des données de la mortalité dans plus de 20 pays européens, la Belgique a affiché le taux de surmortalité le plus élevé d’Europe lors de la vague de chaleur exceptionnelle de la fin du mois de juin.
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C’est un classement peu glorieux, mais notre pays figure dans le top des pays européens où l’on a recensé le plus de morts durant la canicule de juin dernier. Pour rappel, Sciensano, l’institut de santé publique, a enregistré une hausse de 2000 décès supplémentaires durant la précédente canicule, soit une surmortalité de 48%. Ce taux est bien plus élevé que chez nos voisins français (+ 23%) et néerlandais (+ 13%) avec des températures semblables aux nôtres durant la période.
La précarité, l’état de santé des Wallons est moins bon et puis, il s’agissait aussi de personnes isolées
Les habitants des régions les plus pauvres ont été plus durement touchés par la canicule. Il existe par exemple une grande différence entre la Flandre et la Wallonie plus durement touchée. Cette dernière enregistre en effet une augmentation de + 77% de décès (soit 1059 morts supplémentaires). Certains arrondissements comme Liège ont même bondi à + 128%. Bruxelles se situe également à un niveau très critique avec + 63% de décès (soit 188 morts supplémentaires). La Flandre affiche la hausse la plus modérée du pays, bien qu’elle reste élevée, avec + 31% de décès (soit 768 morts supplémentaires).
“Comment peut-on expliquer cela ? La précarité, l’état de santé des Wallons est moins bon et puis, il s’agissait aussi de personnes isolées. Dans les maisons de repos, il y a très rapidement eu un monitoring sur place par nos services. Mais c’est clair qu’en France, il y a eu un plan plus solide, plus rodé que chez nous car nous n’avons jamais connu pareille situation”, explique Lara Kotlar, porte-parole de l’Aviq, l’agence pour une vie de qualité en Wallonie.
Ces différences sont aussi notables outre-Quiévrain. Car, si la France affiche + 23% au niveau national, c’est parce que son immense moitié sud est déjà habituée et mieux équipée pour la chaleur. Le nord de la France, au climat et à l’urbanisme similaires à ceux de la Belgique, a connu un pic de mortalité tout aussi violent.
Des chiffres à analyser avec du recul
Pour Johanne Montay, responsable éditoriale Santé à la rédaction de la RTBF, ces chiffres sont cependant à nuancer fortement.“Il faut prendre ce classement avec beaucoup de prudence, parce que les méthodes de recensement des pays ne sont pas les mêmes et ce n’est pas toujours complet. Ce qui est sûr, c’est que la France s’est dotée d’un plan Vigilance canicule solide après la canicule d’août 2003, qui avait fait 15.000 décès excédentaires en 15 jours. Elle a une approche très centralisée, comme les Pays-Bas. Chez nous, en Belgique, on doit faire collaborer trois régions ensemble. Notre pays est aussi plus densément peuplé d’un point de vue urbanistique, mais aussi beaucoup plus peuplé que la France avec 387 habitants au km². En France, c’est 120 personnes par km²”,analyse Johanne Montay.
Rififi politique
La gestion de la précédente canicule avait crispé à tous les étages de la maison Belgique. Plusieurs politiques notamment Jean-Luc Crucke (les Engagés) avait plaidé pour une table ronde pour amener une forme de commandement général sur l’ensemble du pays en cas de crise climatique. Des appels restés sans suites et qui avait même tendu les relations au conseil des ministres.
Interrogé à la foire de Libramont sur ces chiffres de la surmortalité, le Premier ministre estime que les chiffres seront tout autres cette fois-ci. Quant aux critiques, il répond : “On n’est pas l’assureur universel pour tous les risques. Je pense que les communes et les provinces ont bien fonctionné en juin dernier, mais les citoyens eux-mêmes doivent prendre leurs responsabilités pour leur sécurité. Le fédéral peut coordonner les efforts. Ce n’était pas parfait, mais on a appris et on va évoluer”, indique Bart De Wever.
Une nouvelle vague de chaleur annoncée
La Belgique s’apprête à ressentir un nouveau coup de chaud. Selon les modèles météo, les températures devraient atteindre les 33 degrés mercredi et flirter avec les 30 degrés durant 10 jours.
La canicule exceptionnelle de juin avoisinant les 40 °C nous a-t-elle permis de tirer des leçons ? Pour l’Aviq, la réponse est clairement oui : “La vague de chaleur annoncée est certes chaude, mais elle sera plus relative car les nuits seront fraîches et cela change tout. Les maisons vont pouvoir se rafraîchir et les corps aussi durant la nuit et nous ne seront pas autant accablés qu’en juin dernier. Et puis, nous sommes plus préparés que la dernière fois car tous les acteurs sont restés vigilants et mobilisés. Nous avons via les mutuelles des personnes qui sont à la prévention comme lors du Covid, qui sont en contact avec les personnes isolées et les personnes en statut BIM (bénéficiaire de l’intervention majorée) pour les sensibiliser aux bonnes pratiques et bien gérer la canicule”, détaille Lara Kotlar de l’Aviq.
Et d’ajouter : “Dans les maisons de repos, nous avons remis une série de recommandations aux médecins coordinateurs pour s’assurer que vu la période de congés, il y ait toujours bien un médecin disponible pour faire face à d’éventuelles déshydratations ou autres effets de la chaleur et éviter d’encombrer les urgences des hôpitaux.”
Les communes mieux préparées pour faire face à la chaleur
Les communes ont été conseillées par les services de la Région wallonne pour les préparer avec un guide des bonnes pratiques, les éveiller à des choses auxquelles elles n’avaient pas pensé. En province de Luxembourg, par exemple, un call-center a été mis en place afin d’inscrire des personnes isolées ou des personnes âgées pour que la commune puisse prendre contact avec elles durant les périodes de chaleur. (084/320.972 – Service gratuit, accessible 7j/7, 24h/24).
Une série de recommandations
Pour la troisième fois cet été, la phase d’alerte d’avertissement du plan wallon forte chaleur et ozone a été activé par le Cortex, le centre de coordination des risques et de la transmission d’expertise. Même si les chaleurs devraient être plus supportables, elles peuvent rester pénibles pour les personnes les plus vulnérables, comme les personnes âgées, les jeunes enfants, les femmes enceintes, les personnes atteintes d’une maladie chronique, les isolés et les personnes en situation de sans-abrisme.
Et pour porter une attention particulière à ces publics, l’Aviq rappelle une série de recommandations :
- Maintenir une bonne hydratation : boire régulièrement même quand on n’a pas soif.
- Maintenir les bâtiments au frais : utiliser des protections solaires, tentures ou volets pour occulter les fenêtres ; aérer et ventiler aux heures le plus fraîches.
- Communiquer les lieux à disposition du public pour se rafraîchir : églises, salles de spectacles, associations, zones ombragées en extérieur, etc.
- Prendre soin des personnes qui vivent seules : un simple appel ou une courte visite peut faire toute la différence pour s’assurer qu’elles se portent bien.
- Éviter les activités sportives et intensives aux heures le plus chaudes : privilégier les entraînements adaptés aux moments les plus frais.
- Adapter les activités de jeunesse et les camps de vacances : programmer les activités physiques aux moments les plus frais de la journée, prévoir suffisamment d’ombre et s’assurer que les aliments soient correctement conservés.
- Organiser les événements en toute sécurité : eau potable à disposition, zones ombragées, etc.
- Appeler le 112 : si vous voyez quelqu’un en détresse physique ou en cas de symptômes graves liés à la chaleur, tels que la confusion, la perte de connaissance ou un coup de chaleur.
